LEO FERRE

Annick Cisaruk et David Venitucci - "Où va cet univers ?"

CD album paru le 9 septembre 2016 sur le Label Edition La mémoire et la mer

Le jazz aime Léo Ferré ces temps-ci. Annick Cisaruk ne jazze pas Léo et ne se prétend pas chanteuse de jazz et c’est aussi bien. Elle se contente de dépoussiérer ses chansons par la grâce de son interprétation, le choix du répertoire et des musiciens qui ne nous sont pas inconnus : l’accordéoniste et arrangeur David Venitucci qui fait là un travail épatant et convoque au gré des titres Denis Leloup (tb), François Thuillier (tu) et Antoine Banville (dm) pour de vives interventions interdisant à ce répertoire le kitsch qui lui est souvent attaché. Écoutez la partie flute écrite par Venitucci pour Henri Tournier sur Jolie Môme … Étourdissant !                                                                                             Franck BERGEROT Jazz Magazine Septembre 2016

Chanson : Annick Cisaruk se laisse Ferré

Pour célébrer les 100 ans de la naissance du musicien-poète, la chanteuse Annick Cisaruk sort un album consacré à Léo Ferré. Plus qu'un simple hommage, le disque invite à un voyage musical novateur et sensuel.

Comment rendre hommage à Léo Ferré ? L'immensité de son répertoire désarçonne

et provoque l'embarras.
Quelles œuvres reprendre ? Prudence et frilosité !
 Avec le temps, le plus souvent, rafle la mise.
Qui ne connaît pas ses vers ?

"Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va
On oublie le visag' et l'on oublie la voix
Le coeur quand ça bat plus c'est pas la pein' d'aller
Chercher plus loin faut laisser fair' et c'est très bien
Avec le temps...
Avec le temps va tout s'en va"


(Avec le temps/ Léo Ferré)
 

La chanson est si magique qu'une interprétation même médiocre parvient à  nous émouvoir !
A une autre époque, Jolie môme ou Paris Canaille avaient la préférence.
Il y a ainsi une demie-douzaine de chansons de Ferré, guère plus, qui tournent dans la tête et dans le coeur du grand public. La paresse des programmateurs et l'absence de curiosité font le reste. Chez les accrocs à Léo, plusieurs centaines d'autres chansons somnolent dans le maquis de leur mémoire, ce garage d'émotions. A chaque écoute, ils y puisent comme une vitamine émotive.

Léo Ferré, une oeuvre luxuriante

On fête cette année le centième anniversaire de la naissance de cet artiste qui reste à redécouvrir. Son oeuvre, immense et originale, n'a pas d'équivalent dans l'espace francophone. Et les chanteurs qui souhaitent rendre hommage à ce génial artiste rencontrent un écueil solide : l'interprétation.
Après avoir écouté Ferré, les candidats se découragent souvent. A raison ?

La voix Ferré si on ose ce jeu de mot facile (et on ose) est inimitable. Pas évident de se mesurer avec la version originale ! Le répertoire de l'artiste s'accommode mal de ces filets de voix maigrichons dont notre époque semble si friande.
Il faut du coffre et du coeur, c'est entendu, mais aussi ce petit supplément d'âme. Et tout le monde ne l'a pas.
Le verbe et la musique de Léo puisent dans une source profonde, intime. La tricherie est immédiatement démasquable.

Quinze chansons balayent les différentes périodes de l'artiste dans l'album "Où va cet univers?"
La délicieuse Jolie Môme rencontre Ton style et C'est extra. Choc des érotismes. L'album s'offre un petit détour chez Apollinaire  (Marizibil) et Aragon, (Tu n'en reviendras pas et Est-ce ainsi que les hommes vivent) que Ferré a si subtilement mis en musique.
Tout cela est bien vu, bien senti, cohérent et provoque l'enthousiasme.
Ce qui frappe à l'écoute du disque, c'est la formidable sensualité débusquée par Annick Cisaruk dans les

couplets qu'elle interprête. On croyait pourtant bien les connaître, les mots du poète !

Erreur. Il se dégage ici une émotion particulière, troublante, envoûtante

portée par la voix de Annick Cisaruk, jamais prise en défaut.

L'artiste "projette" loin, sans effort, modulant et s'amusant avec les rimes. Elle semble avoir ingéré puis

digéré ces textes pour nous offrir un sang neuf dans un nouveau pyjama de musique.

Les arrangements de David Venitucci y sont pour quelque chose. Avec sensibilité, intelligence et respect,

ce musicien accordéoniste arrive  à extraire des sons inouïs de son instrument.

Ce "piano du pauvre" recèle une richesse insoupçonnée. Et David Venitucci réussit un tour de force.

Il installe une atmosphère différente de l'oeuvre originale sans jamais la trahir.

Un musicien-orfèvre qui parvient à sertir les vers cristallins de Ferré dans un nouvel écrin de musique.

Il se réapproprie les lignes mélodiques sans commettre de hold-up musical. Chapeau.

La rencontre éblouie avec Léo Ferré


Annick Cizaruk se souvient : "J'ai vu Léo Ferré à Lyon, à la Bourse du travail,  avec son groupe les ZOO. J'avais 15 ans. Moi, j'étais encore dans Sheila ! Mon frère, qui voulait que je change de cap, m'y a emmené un peu de force (rires). Et Léo est arrivé sur scène ! Quelle énergie ! Il chantait "L'albatros". Dès lors, je suis partie à l'usine avec dans mon baladeur et dans mon crâne, cette chanson. Cela a changé ma vie. Je me suis dis  : "Voilà ce que je veux faire !"  Etre debout, devant son micro et envoyer la vie !"

A cet éblouissement succède une rencontre déterminante, celle qu'elle fait avec Didier-Georges Gabily, romancier et auteur de théatre. Le pygmalion convainc la jeune Annick de se lancer. Elle l'écoute.  Plus tard, la jeune femme réussit l'examen du concours du Conservatoire d'Art dramatique à Paris, tout en poursuivant son parcours d'interprète. Elle chante Aragon, Vian, Barbara mais revient toujours à Ferré. 
Pourquoi cette fidélité ? Elle s'exclame : "Les mots de Léo sont extrêmements sensuels. Son oeuvre est très puissante. Que de talents en un homme !"

Parmi les femmes qui chantèrent Ferré sans le trahir, citons Catherine Sauvage, Juliette Gréco, Pia Colombo, Renée Claude et Mama Béa.
Des pointures.
Désormais,  il faudra compter avec Annick Cisaruk.

"Où va cet univers ?"

Annick Cisaruk CD album paru le 9 septembre 2016. (Edition La mémoire et la mer)

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" Ce n'est pas simple de chanter Ferré, mais elle, c'est à tomber par terre ! "

 Gérard Gélas - Directeur du théâtre du Chêne Noir, Avignon 

(Propos recueillis par Grégoire Cornet dans Vaucluse matin)

Annick Cisaruk est une véritable touche-à-tout. Sa passion pour la comédie musicale lui a permis d'apparaître dans L'Opéra de quat'sous, Camille C. et Fame. Elle a aussi été à l'affiche de Vian, Ferré, Aragon, ce qui lui a valu le prix Charles-Oulmont, et de Parce que, hommage à Barbara. Et on ne compte pas toutes les pointures avec lesquelles elle a déjà travaillé : Roland Topor, Marcel Bluwal, Antoine Vitez, Jean-Luc Moreau. Aujourd'hui, avec l'accordéoniste David Vénitucci, Annick Cisaruk s'attaque au patrimoine de Léo Ferré. Fidèle à ses envies de quitter les sentiers battus, elle nous propose un son résolument moderne et un phrasé étonnamment juste. La chanteuse et l'accordéoniste ne se perdent jamais. Preuve que le répertoire de Ferré n'a pas pris une ride.     

Alain Raemakers Le Chant du Monde/Harmonia Mundi

C’est grâce aux interprètes qu’un répertoire continue d’exister. Encore faut-il savoir le réinventer, le colorer à sa manière, le rendre singulier, se le réapproprier en somme. […] Annick Cisaruk laisse libre cours à son expression vocale d’un naturel confondant tout en nous restituant les textes du grand Léo dans un phrasé réconciliant avec bonheur mots et mélodies. […] La mélodie est un fil que David Venitucci, accordéoniste chercheur et novateur, ne perd jamais, sans s’interdire d’user avec liberté de son sens du rythme et de l’harmonie qui fait ici merveille pour habiller autant qu’enrichir les musiques de Léo Ferré.    

Laurent Valero

« Comédienne et chanteuse, Annick Cisaruk n'a certainement pas fait encore la carrière qu'appelle son talent [...] Il ne s'agit nullement d'un " à la manière de..." mais d'une interprétation personnelle de chansons d'un répertoire dont on mesure toujours l'étendue et l'excellence. Les qualités vocales de l'interprète, sa sensibilité et son tempérament sont merveilleusement mis en valeur par l'accordéon de David Venitucci ».

 André Lafargue

"Aujourd’hui, Annick Cisaruk, peut reprendre mot pour mot ce que disait Catherine Sauvage. Avec David Venitucci, elle passe les chansons à travers le prisme re-créateur qui les réinvente dans l’air du temps d’aujourd’hui.
Catherine Sauvage : « Je suis plutôt une comédienne qui chante qu’une chanteuse proprement dite, et Léo pour moi, c’était terriblement chatoyant : il y a des tas de couleurs différentes, des choses tendres, des choses violentes, des choses marrantes, et beaucoup au débit très rapide, ciselées, précises, et moi j’ai toujours été à l’aise dans les textes rapides, musclés, incisifs et surtout au second degré. Une chanson avec des mots abstraits je déteste ça. Mac Orlan disait « une bonne chanson est une chanson que je peux peindre » je suis tout-à-fait d’accord avec lui. Chez Léo, le thème peut bien être abstrait, les images elles, sont toujours très concrètes. »  

                                       Nos Enchanteurs – L’autre chanson -  Norbert Gabriel

"Annick Cisaruk est une véritable INTERPRETE. Elle ne se contente pas de reprises […] elle s’approprie chaque chanson avant de la restituer enrichie de ses propres émotions. Peu de chanteurs savent le faire avec un tel talent. Écoutez-la aussi chanter Barbara : on oublie la dame brune a son piano pour découvrir de nouvelles chansons toutes fraîches.
Un accordéon peut être redoutable en chanson ; David Venitucci a le talent d’utiliser son instrument au service du texte, sans jamais le couvrir, mais en le parant avec classe. Deux grands artistes !"

Michel Trihoreau

« Que dire ? J’écoute et je suis bouleversée… C’est très rare. Au milieu du tintamarre… un rêve, un bonheur. Oui, ça existe ! J’espère que vous l’entendrez comme moi. ».

Cora Vaucaire