LA VIE EN VRAC

 
FRANCE MUSIQUE  :  Étonnez-moi Benoît
Par Benoît Duteurtre
Emission du 29 février 2020
Au 57e Salon de l'Agriculture :
Pierre Bonte, Jean-François Kahn, Denis Lefèvre.
Annick Cisaruk & David Venitucci

Live ! Annick Cisaruk, chant & David Venitucci, accordéon :

"La vie qui va, la vie qui vogue : La vie en vrac“ ‎– Album label EPM 5790311

Podcast : ICI
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Osez Annick Cisaruk !

Annick Cisaruk se chante dans les mots de Yanovski : un hymne à la vie

29 SEPT. 2017 | PAR JEAN-CLAUDE LEROY | BLOG : OUTRE L'ÉCRAN

La veine expressionniste de Yanovski, une écriture travaillée qui donne à voir un théâtre en profondeur et de tous les âges, cette veine transporte aujourd’hui l’univers de la chanteuse, elle lui a soufflé ses souvenirs, il en a fait un opéra pour sa voix, et David Venitucci a composé mélodies et arrangements.

@Sébastien Merlet

On connaît l’interprète hors pair des chansons de Barbara, de Vian, et bien sûr de Ferré (voir ici). Depuis quelque temps, avec son complice, l’accordéoniste et compositeur David Venitucci, elle propose La vie en vrac, un ensemble de chansons écrites par le très talentueux Yanovski. Et voici que les éditions EPM publient un CD (enregistré en studio) de cette traversée – en mots et musiques et couleurs – d’une vie de femme, celle d’Annick Cisaruk, justement.

La veine expressionniste de Yanovski, une écriture travaillée qui donne à voir un théâtre en profondeur et de tous les âges, cette veine transporte aujourd’hui l’univers de la chanteuse, elle lui a soufflé ses souvenirs, il en a fait un opéra pour sa voix, et David Venitucci a composé mélodies et arrangements.

Ma mère je m’en vais il fait nuit dans ma chambre
Mais on entend déjà les premiers pas de l’aube
Est-ce le bruit lointain des neiges de décembre
Ou la douce rumeur de mes rêves qui rôdent ?

Nous y sommes, elle commence ainsi, cette vie en vrac, une lettre à la mère, après un départ soudain.

Lorsque tu trouveras ma mère cette lettre
Ell’ sera loin déjà « ta petite », « ta mioche »

On le voit, rien ne se fait plus attendri qu’un souvenir de liberté, payé peut-être de cruauté. Les drames côtoient le rire, les grincements la joie. Une fugue, une évasion, une escapade, une vie qui s’élance, la jeune héroïne découvre la ville, avec ses jarretelles et ses foires d’empoigne, elle découvre les plaisirs limités d’une turne sous un grenier prohibé, le racisme ordinaire – Cisaruk, ça sonne bizarre, d’où venez-vous ?

Justement, la réponse est donnée dans la chanson suivante :

Dans mes veines bleutées
où dévale la plaine
coule l’onde irisée
des vastes rivières d’Ukraine

Annick Cisaruk évoque volontiers son grand-père moujik, les princes que comptèrent ses ancêtres et les paysages sans fin d’une enfance élargie. Parfois, on entrevoit presque les bandes fougueuses des Makhno et consort parcourant les vastes espaces à cheval pour contrer la réaction et porter l’idée libre. Ce goût de vivre qui porte tant de heurts et malheurs pour s'ouvrir en éclats de joie.

Nous irons galopant les vastes taïgas
Les poitrines à nu accrochées aux mélèzes
Alors mains et cheveux jonchés de seringas
Nous nous élancerons aigle blanc des falaises

Les sentiments sont au rendez-vous, souvent mêlés d’un drame pittoresque, de l’éclat des naufrages ou de sombres cicatrices. Quant à l’amour lui-même, c’est un cerf-volant déchiré dans un ciel où tout est mémoire. Du plus loin des souvenirs remonte un relent de lointaine enfance en marge d’une fugue. Mais la mémoire ne parle pas que pour soi, que de soi, elle parle pour d’autres femmes, des « cousines » d’Annick Cisaruk, à qui une voix est prêtée le temps d’une chanson. Assez d’azur rétrovisé, de violence blessée, de famille rentrée, d’histoire enserrée, le tour de chant se clôt sur une signature : une chanteuse qui dit je suis, qui se dit multiple, qui se dit les femmes.

 

On connaît tous le mot de Brassens sur les chansons qui sont faites pour être réécoutées, l’album La vie en en vrac n’échappe pas à cette règle de qualité, il ne se donne pas d’un coup, il doit être réécouté, plus on l’écoute plus on le goûte. Outre la qualité des textes de Yanovski, la forte présence d’un complice essentiel, l’accompagna-composi-teur. David Venitucci a plus d’une corde à son arc musical, c’est un accordéon – c’est-à-dire un orchestre – à lui tout seul. Il fait merveille, en soutien ou alter ego, prenant la parole à sa façon, toujours avec justesse. Ces deux-là, Annick et David, font la paire, il faut aller les voir et ouïr ces jours-ci au Connétable, noble lieu de la chanson rive gauche situé sur la rive droite (L’Olympia aussi) – Maurice Fanon en fut le parrain. Des dates en octobre et en novembre. En attendant une salle de 1000 places ! Comble !

Je suis toutes ces femmes à la même seconde
la passante qui fuit, la sourcière qui gronde
de sentir en ses bras comme passe en riant le fleuve de la vie

* * *

La vie en vrac : Le Connétable, les lundis 9, 16, 23, 30 octobre 2017 et les lundis 6, 13, 20 et 27 novembre 2017 à 20h30.
 

Le Connétable : 55, rue des Archives 75003 PARIS - M° Rambuteau
Réservations obligatoires au 06 08 50 26 41 
ou par mail myriam.lothammer@wanadoo.fr

 

Site d’Annick Cisaruk : ici

Article dans le magazine FrancoFans

@Sébastien Merlet

LEBRUITDUOFF – 29 juillet 2016 - Festival d'Avignon 2016

« La Vie en vrac » – Théâtre Arto du 7 au 31 juillet à 22h15

Dans le petit Théâtre Arto, une grande découverte, de celles qui surprennent pour conduire vers un ailleurs de mots dont la petite musique distille bien longtemps en nous son subtil parfum d’émotions entêtantes. Après s’être coulés dans les répertoires de Barbara et Léo Ferré pour en extraire leurs compositions et interprétations marquées du sceau de leur personnalité, Annick Cisaruk au chant, accompagnée de son complice, l’accordéoniste David Venitucci, offre ici une ballade aussi originale qu’euphorisante.

Le fil de cette traversée en terres de poésie musicale, est fourni par la vie réelle et imaginée d’Annick Cisaruk, comédienne et chanteuse au parcours vagabond. Pour ce faire, elle s’est confiée au parolier du Cirque des Mirages, Yanowski, ancien étudiant en philosophie et grand « amateur » (au sens étymologique « d’aimer ») d’écrivains comme Edgar Poe ou encore l’écrivain poète argentin Jorge Luis Borges ; il partage avec elle la même passion pour Léo Ferré. Annick Cisaruk « s’est racontée » plus qu’elle ne lui a raconté sa vie dont les origines trouvent leurs traces quelque part en Ukraine et en Pologne. Il l’a écoutée attentivement, et de ses dits et non-dits il a créé pour elle ces beaux textes dont elle s’empare aujourd’hui avec une avidité sensuelle des plus contagieuses.

Chansons de désirs troublés (« les histoires d’amour finissent mal en général »…), errances fabuleuses où l’on tutoie les étoiles, histoires vraies mais aussi fantasmées se pressent sur scène pour recomposer la vie fabuleuse d’A .C. Comme dans un kaléidoscope géant, des fragments du discours amoureux s’assemblent pour dire que si la vie est un songe, seul le rêve peut nous rendre vivants. Des visages et des corps défilent, les siens mais aussi ceux de femmes fantasmées, tout ce « bestiaire » intime à résonnance humaine.

Elle avait quinze ans. Elle quittait la robe épaisse de sa mère et tournait longtemps dans la ville sans trouver où dormir… Les Bohémiens faisaient leur apparition, couverts de vêtements magnifiques et bariolés, autour du feu elle les rejoignait, frémissante, c’était une invitation au voyage que l’on lui interdisait… Elle sentait au creux de ses flancs bruire des frissons… Et là agrippée au printemps, du plus loin où ses souvenirs lui revenaient, elle rêvait de saisir la vie en vrac.

Mais les chansons ne parlent pas que d’elle mais aussi de cette vieille femme hantée par les réminiscences de ses amours perdues, de cette autre jeune femme qui aimait jouer avec le désir des hommes, ou encore de cette autre qui voudrait tant qu’on pose sur elle un regard aimant.

Au son des accords teintés de jazz de l’accordéon de David Venitucci, les mots s’envolent, retombent, se lovent, explosent, pour dire ce qui constitue le sel de la vie, l’énergie portée par le désir sans qui l’existence serait lettre morte.

Renouant avec le cabaret expressionniste du XIXème siècle, lieu des « pires accouplements artistiques », Annick Cisaruk revient sur sa détestation des accordéonistes (clin d’œil à son complice), pour le remercier chaleureusement de ses accompagnements. Elle adresse à distance à Yanowski, son compositeur de paroles et textes à qui elle doit l’écriture de ce beau moment. Quant à la sensualité de la voix aux accents pénétrants d’Annick Cisaruk et à l’énergie euphorisante qu’elle transmet, on pourrait dire sans emphase aucune qu’on est littéralement sous « le charme ». Au sens magique du terme.

Yves Kafka

Quand Annick Cisaruk a demandé au sulfureux Yanovski de lui écrire deux chansons, le goulafre a répondu : "je veux t'écrire tout un répertoire". Un CD est en préparation, et entretemps Annick Cisaruk vient créer ces chansons à l'antenne avec l'accordéoniste David Venitucci. Attention ces chansons ne sont pas de tout repos...

Invités dans l'émission d'Hélène HAZERA, chanson BOUM !, Annick Cisaruk et David Venitucci parle de leur nouveau spectacle : LA VIE EN VRAC

Portraits de femmes avec Annick Cisaruk au milieu

Ajouté par Michel Kemper le 4 mars 2016.
Sauvé dans En scène

 

« La vie en vrac », Théâtre de la Contrescarpe à Paris, 2 mars 2016,

 

Ça fait des années qu’avec son accordéoniste et complice David Venitucci elle nous ravit de ses spectacles sur Barbara ou Ferré, et d’autres encore.
 

Là, en cette époque compliquée, difficile pour la chanson, c’est à qui fera des reprises en veux-tu en voilà, à la télé comme devant de plus modestes auditoires. A croire qu’il n’y a plus que ça, que le public ne peut plus imaginer et entendre que cette chanson-là. La chanson est comme le Père-Lachaise, frappée de regrets autant que d’alignement.

 

Quand tous se mettent à leur tour à repriser la chanson, que fait donc la Cisaruk ? Pardi, elle, elle crée !

 

Il est dit que jadis Yanowski – celui du Cirque des Mirages – et Cisaruk se rencontrèrent et surent d’instinct, rare évidence, qu’ils travailleraient ensemble. Patience et longueur du temps. Ces deux-là évoluent dans un même cercle d’exigence, d’intelligence, dans le nectar, la soie des mots qui se font pleins et déliés, se gonflent d’importance et de beauté aussi sûrement que le généreux soufflet de Venitucci.

Cisaruk lui demanda un, deux textes même, pour un spectacle à venir. Un, deux ? Trop peu. Yanowski lui livra de quoi nourrir tout un spectacle. Car tisse-t-on une seule et simple pièce d’étoffe pour habiller Annick Cisaruk ? Non, on ne peut que lui faire le coup des grands couturiers, du Christian Lacroix et du Coco Chanel, du Paco Rabanne, du Pierre Balmain, de tout un défilé pour elle tout seule, dans le faste de mots délicatement ouvragés, brodés et surpiqués. On lui cisèle aussi des pierres précieuses exhumées de fantasmagoriques mines, serties de pur talent. Car avoir pour réceptacle de ses vers une telle interprète est chose rare, presque inespérée, comme un Graal. On ne fait pas les choses à demi.

 

Yanowski le poète, l’arrimeur de complaintes, à écrit, faisant non pas le portrait de Cisaruk, mais ses portraits, demi-teintes et pleine lumière, autant de propositions qu’elle est de femmes à elle toute seule. Des portraits, des tableaux. Des fresques, des films presque qui, au cinéma, auraient été signés Fritz Lang pour les uns, Bergman pour les autres.

 

Cisaruk s’est racontée à lui. Lui en a fait des fictions vraies, tantôt sépia, parfois colorisées, dans des studios à la Trauner comme en des décors naturels, coupes-gorges et roulottes de gitans, poésie qui vente et parfois cingle de ses mots… Elle est la vieille femme qui se récite la litanie de ses amours perdus et la jeune fille qui s’en va faire sa vie (« Ma mère je m’en vais / J’ai quinze ans cet automne… ») dans la grande ville qui frémit comme une coupe de Champagne. Celle qui a connu bien des hommes, même Dieu, et se joue d’eux : « Dieu est mon plus proche complice puisqu’il a inventé la vie entre ses lèvres dépravées. » Elle est la slave et la gouailleuse, celle dont la vie tourbillonne en faisant la tournée des grands ducs. Une femme et ses destins, ses chemins, ses refrains. Tout, paradoxalement non pas pour révéler Annick Cizaruk mais plus encore nous la rendre mystérieuse, proche et lointaine à la fois, faire le lit des folles légendes à venir, tenter d’en soulever les draps, d’en gagner l’oreiller. La trouver plus belle encore. Et prier pour son salut.

 

Ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là. Au Théâtre de la Contrescarpe, à Paris, les 16 mars et 5 avril 2016 à 20h.

La vie en vrac ...

Ajouté par Norbert Gabriel le 3 mars 2016.
 

 

 

 

Annick Cisaruk a trouvé son Mac Orlan, c’est Yanowski. Yanoswski a trouvé le Stradivarius qui lui permet d’élargir sa palette à cette vie de femme-flamme qui mord la vie à pleine bouche, et la chante à pleine voix, c’est Annick Cisaruk.

 

C’est une Carmen des steppes qui a décidé, jeune fille, de suivre la route bohémienne, le chemin des saltimbanques, des oiseaux de passage, les migrateurs éternels avides d’autres horizons. Au risque de se brûler les ailes, au risque de cramer sa vie dans des voyages imprudents. Mais flamboyants.

 

Pour le livret, Annick a raconté à Yanowski sa vie réelle, ses vies rêvées, mises en spectacle en tableaux foisonnants.

 

On frôle des mondes maléfiques, saura-t-on ce qu’il y avait dans le grenier de cette Thénardier inquiétante ? On y trouve des personnages très colorés qu’on dirait échappés d’un cirque des mirages, et Annick Cisaruk, excellente comédienne, incarne la jeune fille partie voir de l’autre côté du miroir, en rupture de ban familial sédentaire incurable et aussi bien, elle devient une paumée mi sorcière, mi pocharde, et on y croit.

 

En belle Carmen des plaines d’Ukraine, elle va s’amouracher d’un Antonio Ruiz interlope, et la vie balafrée devient rouge cicatrice  et noir chagrin entre bars louches et bas-fonds.

 

C’est peut-être dans un de ces bars à marins échoués qu’elle rencontre une sorte de Vershuren digne de figurer dans le plus ringard des folklores balloches pour touristes en goguette. Toute ressemblance avec David Versh.. Venitucci n’est pas du tout fortuite – le temps d’une chanson- il est ce Vershuren parfait. Et on y croit, le temps d’une chanson. Le reste du temps, ce génie de l’accordéon donne des décors musicaux somptueux à cette vie en vrac, avec de vrais morceaux de biographie dedans. Comment ça se termine ? En chanson, et vous le saurez en vous précipitant pour réserver, il y a 2 autres séances, seulement 2, et le théâtre de la Contrescarpe est parfait, mais ce n’est pas l’Olympia, et tant mieux, c’est la bonne jauge pour être près des artistes, en communion.  A noter que le public a été totalement subjugué pendant plus de 40 mn, le spectacle s’est enchainé comme au théâtre, en tableaux qui se suivent sans interruption. Ensuite, pour les 30 dernières minutes applaudissements enthousiastes, et salut à l’auteur Yanowski qui passe rapidement sur scène. C’était bien mérité.

 

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